Du 30 octobre au 2 Novembre 2009 STAGIAIRES : Hervé ZAMMIT, Solange PEYSSARD, Florence GORET, Virginie ROUSSEAU (CK TRAPPES); Cécile ROBIN (CK BEZONS), Elsa PRIGENT (CK MONTREUIL), Christine LAMOUCHE, Elise BOUVIER (CK CHAMPIGNY), Isabelle FERRY (CK Sartrouville)
L’idée d’origine du stage était d’amener des stagiaires n’ayant pas forcément beaucoup parcouru de rivières à prendre des responsabilités partagées et à plus long terme d’être capables d’encadrer par elles-même en rivière.
La rivière du Haut Tarn a été choisie, d’une part parce qu’elle permet une approche de la haute rivière dans un cadre magnifique, où se succèdent des passages techniques et/ou engagés; d’autre part, parce qu’elle représentait dans l’esprit des stagiaires un espace de navigation inaccessible. Inaccessible car l’imaginaire populaire associe d’avantage le Haut Tarn aux sportifs de l’extrême, mais aussi inaccessible quant à la représentation que les stagiaires avaient de leurs propres compétences.
Contraintes logistiques : 1. Lieu : Haut Tarn
Parcours 1 : Pont de Cocurès – Pont de Florac. II/III Faible niveau d’eau. Parcours 2 : Pont de Cocurès – Queyzac. II/III, faible niveau d’eau. Parcours 3 : Restitution EDF de la Vernede – pont de la D928 en aval de Cocures. III/IV moins 15 cm du seuil minimum. Parcours 4 : Amont du saut du Cougnet – Barrage de Poutès. III/IV (V) moins 8 cm du seuil minimum.
2. Si la sortie a été planifiée en septembre, les niveaux d’eau jusqu’à la veille du départ étaient faibles. La confirmation du stage, de ce fait, a été très tardive.
3. Encadrement : les stagiaires aidées par Hervé Zammit
4. De fait effectif limité à 8 stagiaires · Objectifs techniques du stage :
Deux objectifs préalables avaient été définis : Connaître les réalités de la rivière sportive : évaluation des problématiques liées à la pratique en classe IV (5) ; développer la maîtrise de la gestuelle et de la dynamique collective.
1. Engagement, portage, sécurité, conditions climatiques (froid et pluie), fatigue (donc gestion de l’effort au long terme), fatigue cognitive et physique dues à une lecture de rivière continue et soutenue ainsi que les enchaînements de seuils, sauts, grilles demandant un engagement, de la concentration et de la pugnacité.
Les stagiaires ont éprouvé le besoin de s’attarder sur les gros seuils (ou passages plus techniques) afin de bien comprendre les courants, les entrées et les sorties des sauts.
Virginie et Christine, Saut du Cougnet : Gestion de l'appréhension et lecture des trajectoires :
Virginie dans le Vélodrome
Elsa dans le saut du Cougnet
2. Après une première journée de mise en jambes, les stagiaires ont éprouvé le besoin de compléments techniques :
a- Apprentissage des incidences afin de gérer les grilles sans efforts ;
b- Travail sur la transformation des appuis qui étaient jusque-là uniquement stabilisateur à des appuis conjuguant le rétablissement et l’orientation du bateau ;
c- Lecture des courants adjacents perturbateurs afin de ne plus les subir mais au contraire de les utiliser pour choisir des trajectoires prédéterminées.
4. Travail sur décentration de soi pour s’ouvrir aux autres notamment dans le domaine de la sécurité collective.
Sécurité en poste fixe sur les passages difficiles :
Elsa en sécurité en poste fixe, sur la machine à laver
Solange et Cécile en sécurité sur le seuil d'entrée du saut du Cougnet
Christine, Isabelle et Elsa en plongeon encordé, sur le rappel du Saut du Cougnet
La problématique de la décentration prend toute sa dimension lors de la gestion des bains alors qu’il n’y a pas de sécurité en poste fixe. La capacité à réagir rapidement et efficacement sans pour autant se mettre soi-même en péril est un facteur déterminant de la sécurité réactive.
Cécile intervenant en sécu, pour aider Solange
Cécile, Elsa, Christine et Isabelle en soutien, dans une grille
Ouvrir la descente : autre aspect de la décentration de soi, qui consiste à ouvrir la rivière et de trouver la bonne passe, celle qui permet aux moins aguerris de passer sereinement (nettement plus engagé le mardi sur les fins de grilles). Ouverture corporelle (expressions faciales, positionnement du corps, positionnement face au groupe…) afin de rassurer et de mettre les autres participants en confiance.
Utilisation de la pagaie, du sifflet à bon escient (en l’absence de contact visuel). Fermer en couple, afin de se rassurer. Regarder les autres constamment, nous avons tous pu noter que nous ne voyons pas toujours l’ensemble du groupe.
Christine, Isabelle et Cécile, Moyen Tarn
Florence, Solange, Moyen Tarn
Objectifs didactiques : la conscientisation de sa propre valeur et de celle des autres La mise à plat des expériences vécues sur la rivière une fois de retour au gîte permet à chacun de prendre conscience de l’évolution de sa navigation par le regard que porte le groupe sur la navigation de chacune. Verbaliser les actions motrices permet de stabiliser et d’intégrer les compétences techniques mises en jeu instinctivement pendant la navigation.
En quelque sorte c’est accepter sa compétence, ne pas la remettre en cause parce qu’on est également responsable des autres et que tous, nous avons besoin des compétences des autres. Pour que les autres aient confiance en nous, nous devons avoir confiance en nous même ! Acceptation des autres avec leurs qualités et leurs différences.
Cécile, Florence, Hervé, Elsa, au gîte devant les vidéos
2. L’objectif du stage étant de former des initiatrices/monitrices capables d’encadrer en rivière, il était important de leur permette un moment d’analyse sur leur propre navigation afin de favoriser la mise en place d’un référentiel de navigation reprenant les gestes et techniques utilisés le jour même en haute rivière.
La différence fondamentale entre la pratique féminine et masculine se joue ici.
Nous trouvons d’un côté chaleur, réconfort, entraide, humour. Même, lors des difficultés à gérer, telles que des cravates et – ce - sans l’engagement trop excessif, provoqué par des jugements de valeur qui caractérisent davantage les hommes.
Virginie et Solange après un bain sur le Moyen Tarn
La prise de conscience de cette différence ouvre le champ d’un encadrement féminin davantage ouvert sur la prise en compte des difficultés des pratiquants. Les femmes ont toutes les compétences nécessaires (au sein de la société et de la famille se sont bien elles qui assurent les relations sociales) afin de dispenser un enseignement/encadrement qui prenne en compte la mesure du champ socioaffectif du pratiquant positionné sur de frêles esquifs avec le substrat à la valeur. symbolique indéniable. Cette dimension manque aujourd’hui cruellement dans l’enseignement du canoë-kayak.
En conclusion, ce stage, nous a permis - à toutes - de prendre confiance dans nos capacités et d’affiner nos compétences. Nous avons pu dépasser nos doutes et nos appréhensions du Haut Tarn.
Nous avons pu expérimenter qu’il n’était pas nécessaire d’être un kayakiste de l’extrême pour faire de la Haute rivière.
Elise tout sourire avant d'attaquer le passage de la "Machine à Laver" sur le Haut Tarn
C’est dans la pratique collective des premiers jours que s’est mis en place la confiance réciproque qui nous a permis de franchir les passages engagés des journées 3 et 4. C’est parce que nous avons eu le temps d’apprendre à nous connaître en dehors et sur la rivière que nous avons été capable d’être à l’écoute les unes des autres et de se soutenir lors des coups de fatigues, des bains à répétitions….
Ce fut une expérience enrichissante qui en appelle encore pleins d’autres.