CRIFCK: Kayak au féminin - Kayak féminin : Interview de Florence Goret, adhérente, monitrice, formatrice, eau calme, eau vive et mer

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Kayak féminin : Interview de Florence Goret, adhérente, monitrice, formatrice, eau calme, eau vive et mer

Article Mis en Ligne le 15-10-2014

FLORENCE GORET

La première femme CQP (Certificat de Qualification Professionnel - Monitrice de Canoë-Kayak) de France est francilienne, qui plus est en doublé : eau vive/eau calme et mer/eau calme.

Interview de Didier Vivien

 

Didier VIVIEN (Président du CRIFCK) : Florence, tu es la première femme CQP-CK de France. Tu dois être fière ?

Florence GORET : Autant je suis fière d'avoir réussi les 2 CQP, autant je n'ai aucune fierté à être la première femme. Je n'ai rien fait de particulier pour cela. 

 

Cela me rend plutôt triste. 1 femme sur 54 reçus pour l'eau vive au niveau national et 1 sur 9 pour la session mer à Tourlaville. C'est dire l'ampleur de la tâche qu'il reste à accomplir pour développer l'encadrement féminin au sein de la FFCK.

J’ai pris conscience de cette réalité à l’occasion du CQP Eau-vive (à Cergy en novembre 2013) où j’étais la seule femme à me présenter sur 20 candidats. Comprendre l’origine de cette réalité en regard d’un taux de licenciées proche des 30% est devenu pour moi un enjeu important. C’est la raison de mon engagement pour développer la pratique du CK au féminin aux côtés du CRIFCK.

D. V. : Tu as 45 ans. Pourquoi cette prise de conscience si « tardive » ? Quel est ton parcours en CK ? 

F. G. : à 14 ans, en juillet, j’ai passé une semaine sur la Clarée (Hautes-Alpes). J’ai tout de suite adoré : l’eau, les vagues, la glisse... En septembre, je me suis inscrite au club de Torcy. Nous naviguions sur la Marne et attendions avec impatience les crues pour aller jouer dans les courants... « Les iles mortes »,   « Corbeil » ou une compétition de slalom de temps en temps pour gouter l’eau vive ; Le rallye de la Cure, le lâcher de la Vézère, on faisait tout pour ne pas les rater. On avait un peu froid avec nos collants et pulls en laine qui grattaient mais on aimait ça. Peu de filles déjà à l’époque, mais ça ne me dérangeait pas. J’ai passé l’initiateur comme spécialité du BAFA pour pouvoir trouver des jobs d’été plutôt sympa ! 

A 20 ans, je suis partie sur Lille pour mes études. A 24 ans, j’étais maman pour la première fois, et à 28 ans, pour la seconde fois. Avec une vie professionnelle et une vie de famille bien remplie, le CK n’a pas eu le temps de me manquer même si j’y pensais régulièrement. En 2009, incitée par mon mari, j’ai poussé la porte du club de Trappes…Et là,…je suis retombé en enfance, 20 ans en arrière. Que du bonheur. Naturellement, j’ai souhaité repasser l’initiateur rivière. Le monitorat ? Je n’y pensais pas. Ce n’était pas pour moi. Il faut être grand, fort et musclé pour cela ! C’est réservé aux messieurs ! Je crois bien n’avoir jamais rencontré une femme monitrice… Avec moins d’1m 50 et 45 kg tout mouillé, je suis loin du stéréotype. Je m’étais fait une raison et mis une barrière imaginaire.

 

 Conseillée et soutenue par des bénévoles et des professionnels impliqués dans la formation, je me suis laissée convaincre. J’ai pris le temps qu’il me fallait, profité de chacune des occasions qui m’étaient offertes pour progresser sur les trois milieux en diversifiant les supports (j’aime la multidisciplinarité). Quand le CQP est arrivé, il m’est apparu évident, de m’y inscrire, sans objectif à court terme, mais pour ajouter une petite corde à mon arc, pour plus tard… 

D. V. : Comment concilies-tu tes activités CK avec ta famille et ta vie professionnelle ?

F. G. : Il faut souvent s’imposer et imposer un planning ; prendre le droit d’avoir du temps pour soi. Il a fallu un moment à mon entourage pour l’intégrer mais l’étape est maintenant franchie. 

D. V. : Quels conseils voudrais-tu donner aux autres féminines qui hésitent à s’engager dans cette voie ? Comment expliques-tu ce faible taux de présence en particulier dans l’encadrement ?

F. G. : Je voudrais juste faire partager mon expérience et ma réflexion sur le sujet. Après libre à chacune de s’en inspirer ou pas. Je vois deux points principaux au faible taux de féminisation en regard du taux de pratiquantes (autour de 30% en club ; 50% en loisirs non licenciés) :

  • Je pense qu’il y a un problème d’image et de projection. Malgré quelques efforts, le vocabulaire reste majoritairement masculin : « mémento du moniteur » ; « diplôme fédéral de moniteur de canoë-kayak », « gilet moniteur ». L’image associée au « job » reste le masculin également, avec un taux approximatif de 10% de monitrices peut-être ? Depuis 10 mois je suis beaucoup plus sensible sur ce point et ça m’a vraiment attristée de recevoir des diplômes de « CQP de Moniteur de CK ». J’ose espérer que dans quelques années, les femmes recevront des diplômes de « Monitrice ». Ensuite, les techniques de sécurité sont proposées pour un morphotype masculin qui fait trop souvent appel à la force physique pour qu’une jeune fille puisse se projeter dans l’idée qu’elle puisse aussi le faire.
  • Le second frein est sociétal. Quand elles sont en âge d’avoir une vie de famille, de s’occuper des enfants, de la maison,… ; l’intendance reste encore leur « domaine privilégié » et difficilement compatible avec une activité qui requiert au minimum ½ journée. S’absenter tout un week-end pour une mère de famille demande une bonne dose de tact avec les proches, et de résistance face aux pressions qui ne manquent pas …
D. V. : il y a quelques années, un groupe kayak en filles proposait des activités réservées aux féminines. Qu’en penses-tu ?

F. G. : j’ai participé à quelques actions avec ce groupe. Cette expérience est arrivée l’année où j’ai repris le CK.

Les sorties étaient intéressantes et bien construites techniquement ; J’avais du mal à comprendre ce choix de l’exclusivité féminine mais force m’a été de constater que certaines osaient plus s’exprimer (parler ouvertement de leurs peurs pour mieux les évacuer) et prendre le temps de s’engager en l’absence de ces messieurs. A titre personnel, je ne me sens pas concernée.

 

Quand j’ai envie de faire quelque chose, je le fais, sans me poser la question de savoir si c’est pour les filles ou les garçons et peu m’importe la composition du groupe. Mais c’est une piste de travail à ne pas négliger.

D. V. : quelles actions sont prévues pour cela ?

F. G. : avec les personnes intéressées (féminines et masculines), nous avons prévu d’axer les efforts sur des actions de communication telles que la féminisation du vocabulaire dans les publications, la prise en compte de la morphologie féminine (gilet monitrice, dotation de vêtements féminins pour les podiums). Nous souhaitons également travailler sur une adaptation des techniques de sécurité, les faire connaître et les partager.  

D. V. : A quelle échéance positionnes-tu les retombées de ces actions ?

F. G. : J’espère que d’ici deux/trois ans la composante féminine soit naturellement prise en compte dans nos clubs et dans les différentes strates du fonctionnement fédéral. 

Allez les filles, je l’ai fait, vous pouvez le faire ! Et allez les gars, adoptez et enseignez quelques-unes de nos techniques. Bénéfices garantis ou remboursés ! =)



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